Actions de sensibilisation
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One Billion Rising

La campagne mondiale lancée par V-Day pour combattre les violences faites aux femmes

Créé par Eve Ensler, auteure de la célèbre pièce Les Monologues du vagin, le mouvement mondial activiste V-Day vise à lever des fonds contre les violences faites aux femmes, à travers des projets artistiques et créatifs. Pour célébrer ses quinze ans d’action, V-Day a invité un milliard de personnes – c’est le nombre de femmes victimes de violences dans le monde, soit une femme sur trois – à se lever et à danser le 14 février. En 2014, la campagne a été relayée dans 160 pays avec une attention particulière sur la justice pour les survivantes de violence. De grandes places comme Trafalgar Square à Londres se sont transformé en piste de dance pour accueillir la fameuse danse Break the chain. En 2013, de nombreuses personnalités se sont mobilisées, à l’instar de Michèle Bachelet, ex-présidente de UN Women, et du Dalaï-Lama.

François-Henri Pinault a été le premier chef d’entreprise à s’engager, à travers une vidéo de soutien au mouvement : « Le temps presse : il est temps de se lever et d’agir à l’occasion d’une date internationale, qui implique les hommes comme les femmes. C’est pourquoi je vous demande de rejoindre le mouvement et de vous lever, vous aussi ! » Les marques du Groupe, notamment Gucci et Stella McCartney, ont relayé la campagne One Billion Rising sur leurs réseaux sociaux. Au siège de Kering, un quart des effectifs s’est mobilisé pour un flash mob interne.

“En tant que président d’une entreprise internationale, il est de ma responsabilité de sensibiliser nos employés ainsi que nos parties prenantes au violence faites aux femmes.” François-Henri Pinault, Président de la Fondation Kering.

Partenariat :
V-Day
Lieu :
Monde
Mission :
Sensibiliser aux violences faites aux femmes
Date de début :
Février 2013

Témoignage

Eve Ensler est une auteure, dramaturge et militante féministe américaine. Le succès de sa célèbre pièce, Les Monologues du vagin, l’a amenée à lancer le mouvement V-Day qui vise à lever des fonds contre les violences faites aux femmes via des projets artistiques et créatifs. Le 14 février dernier, dans le cadre de la campagne internationale One Billion Rising, elle a appelé les citoyens du monde entier à descendre danser dans la rue célébrer la force des femmes.

 

(crédits: Brigitte Lacombe)

D’où vous vient votre engagement dans la lutte contre les violences faites aux femmes ?

Je suis une « survivante ». Je sais ce que la violence fait aux femmes. Je sais qu’une femme violée ou battue passe sa vie entière à essayer de s’en remettre au lieu de s’épanouir. Je sais combien de temps il m’a fallu pour sortir de la douleur et de la haine que j’éprouvais envers moi-même. Je refuse purement et simplement que d’autres femmes vivent ce que j’ai vécu. Les femmes sont la première source de vie sur la planète. Si nous les mutilons, les blessons, les violons, les battons, les brûlons, les attaquons, les sapons, les vendons, les humilions et les détruisons, c’est aussi notre avenir que nous traitons de la sorte.

Vous êtes militante féministe depuis de nombreuses années. Quelles sont les principales réalisations que vous avez observées depuis le début de votre combat ?

V-Day a permis de lancer un mouvement massif dans des centaines de pays. Grâce à nos militants, nous avons réuni 100 millions de dollars pour lutter contre les violences faites aux femmes.  Nous avons brisé des tabous ; nous avons fait modifier des lois et en promulguer de nouvelles ; nous avons aidé des femmes à surmonter leurs traumatismes en se réappropriant leur corps et leur potentiel. Et tout ceci, nous l’avons fait grâce à l’art et au théâtre.

Selon vous, quels sont les principaux freins et moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes ?

Le patriarcat est certainement le plus gros obstacle que nous ayons à affronter : cet état d’esprit avec lequel nous évoluons depuis des centaines d’années et qui imprègne tous les aspects de notre vie. Il y a aussi la réduction des femmes au statut d’objet pour le plaisir des hommes, la possession du corps des femmes par les hommes, l’inégalité institutionnalisée entre hommes et femmes. Je suis persuadée qu’il faut aborder le problème des violences faites aux femmes sous divers angles.
Nous devons instaurer des lois et nous battre pour garantir leur application ; nous devons former des dirigeantes qui font des violences faites aux femmes la première de leurs priorités ; nous devons mettre en lumière les liens entre violences faites aux femmes et pauvreté, droits des travailleurs, racisme, religion, militarisation, homophobie, changement climatique.
Nous devons encourager les hommes à s’unir à nous dans cette lutte, avec la force et l’intensité dont nous faisons preuve en tant que femmes. Je n’ai jamais compris pourquoi cette question est devenue essentiellement féminine. Nous ne nous violons pas nous-mêmes !
Nous devons dispenser très tôt une éducation sexuelle aux filles et aux garçons et leur apprendre ce que sont la violence, le respect et l’égalité. Il faut en faire la plus grande priorité de notre temps. Si les femmes s’épanouissent, tout le reste suivra.

Quels sont les souvenirs les plus marquants de toutes ces années de lutte en faveur des femmes ?

One Billion Rising fut une campagne véritablement étonnante. C’était extraordinaire de travailler avec ces militants et féministes du monde entier. J’ai pu constater la force de leur engagement et la diversité des groupes impliqués : travailleurs migrants, agriculteurs, artistes, danseurs, ministres, moines et religieuses, enseignants, militants, étudiants de toutes classes sociales, origines ethniques, religions et pays. Je me remémore la conviction de toutes ces femmes et tous ces hommes — le fameux milliard — qui se sont levés pour danser dans 207 pays, démontrant que les violences faites aux femmes n’étaient pas propres à une famille ou à une nation, mais qu’elles étaient bien une épidémie mondiale.
Notre principale force fut notre nombre : quelle belle preuve de solidarité et d’engagement à aller plus loin, à nous investir ensemble dans ce combat. Le 14 février, je me trouvais au Congo et me suis levée pour danser en compagnie de milliers d’autres personnes. C’était magnifique, très intense. Pendant des heures, j’ai regardé ensuite de nombreuses vidéos de femmes courageuses dansant chez elles à Mogadiscio ou Téhéran, et des foules dans les grandes villes de chaque continent. Je n’oublierai jamais la joie, les larmes, la colère et la détermination qui se lisaient sur leur visage.